Tendon structure - chirurgie Nice

Les agonistes du récepteur du GLP-1 — dont le sémaglutide et le liraglutide — ont transformé en profondeur la prise en charge de l’obésité et du diabète de type 2. Leur efficacité sur la perte de poids et le contrôle glycémique est aujourd’hui bien établie, et leur prescription connaît une croissance considérable à l’échelle mondiale. Comme pour tout médicament largement utilisé, il est cependant essentiel de continuer à surveiller l’ensemble de leur profil de sécurité à mesure que les données s’accumulent.

Un signal émergent sur le risque tendineux

Une étude de cohorte rétrospective récente, conduite à partir du réseau TriNetX qui agrège les dossiers médicaux électroniques de plus de soixante-dix établissements de santé américains, a analysé les données de près de 78 600 patients traités par agonistes du GLP-1, appariés à un nombre égal de non-utilisateurs selon des critères rigoureux incluant l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle, l’origine ethnique, le statut diabétique et la prise de statines. Sur une période de cinq ans, les chercheurs ont observé une augmentation modeste mais statistiquement significative du risque de rupture tendineuse chez les patients obèses traités, notamment au niveau de la coiffe des rotateurs, du tendon d’Achille et du grand pectoral. Ces résultats se confirment dans le sous-groupe des patients présentant à la fois une obésité et un diabète de type 2.

Ces données, présentées sous forme de communication orale au congrès annuel 2026 de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS) à San Diego, n’ont pas encore été publiées dans une revue à comité de lecture. Elles doivent donc être considérées comme préliminaires et nécessitent une confirmation par d’autres travaux avant toute conclusion définitive.

Une mise en perspective nécessaire

 

Il est important de replacer ces chiffres dans leur juste proportion : le risque absolu de rupture tendineuse grave reste inférieur à 1 % pour la plupart de ces atteintes. C’est le risque relatif — environ 1,5 fois plus élevé que chez les non-utilisateurs — qui mérite attention, sans pour autant constituer un signal d’alarme disproportionné.
Ce résultat est d’autant plus notable que les effets indésirables musculosquelettiques associés aux agonistes du GLP-1 sont restés longtemps sous-explorés. Une étude de pharmacovigilance FAERS publiée en 2026, analysant plus de 15 000 notifications, a montré que les agonistes du GLP-1 étaient associés à des douleurs dorsales, des myalgies et des masses cervicales, tandis que le tirzepatide était lié à une atrophie musculaire. En revanche, la rupture tendineuse n’y était pas spécifiquement identifiée comme un signal. Le délai médian d’apparition des événements musculosquelettiques avec ces traitements était inférieur ou égal à 30 jours.

Quels mécanismes pour expliquer ce lien ?

 

Plusieurs hypothèses biologiques sont évoquées pour expliquer cette association potentielle. L’obésité elle-même constitue un facteur de risque établi de tendinopathie et de rupture tendineuse, avec des odds ratios variant de 1,25 à 6,56 selon la localisation tendineuse et la classe d’obésité. La pathogenèse implique à la fois une surcharge mécanique et des facteurs systémiques : inflammation chronique de bas grade, peptides bioactifs sécrétés par les adipocytes (chémérine, leptine, adiponectine) et troubles métaboliques altérant la structure tendineuse.
La perte de poids rapide induite par les agonistes du GLP-1 s’accompagne d’une réduction de la masse musculaire — environ 38 % de la perte de poids totale dans les essais cliniques —, ce qui pourrait théoriquement affecter la biomécanique tendineuse et les capacités de cicatrisation. À cela s’ajoute le risque de malnutrition protéique relative, lié à la réduction profonde de l’appétit, qui peut compromettre la synthèse de collagène essentielle à l’entretien tendineux. Enfin, une reprise d’activité physique non encadrée chez des patients ayant perdu du poids rapidement expose à des contraintes mécaniques mal adaptées.

Ce que disent les recommandations actuelles

 

À ce jour, les notices des agonistes du GLP-1 approuvés par la FDA ainsi que les principales recommandations de pratique clinique ne mentionnent pas la rupture tendineuse comme un effet indésirable reconnu. Les préoccupations musculosquelettiques documentées concernent principalement les pertes musculaire et osseuse associées à la réduction pondérale rapide.

Implications pratiques pour la prise en charge

 

Ces données ne remettent pas en cause l’intérêt thérapeutique majeur des agonistes du GLP-1, dont le bénéfice sur les comorbidités métaboliques, cardiovasculaires et sur la qualité de vie reste bien démontré. Elles invitent en revanche à une vigilance renforcée chez les patients présentant des facteurs de risque de fragilité tendineuse, tels que des antécédents de tendinopathie ou de rupture tendineuse, une sédentarité prolongée suivie d’une reprise brutale d’activité physique, une prise concomitante de médicaments potentiellement délétères pour le tendon (fluoroquinolones, corticoïdes), ou encore une dénutrition ou un apport protéique insuffisant.
Elles soulignent surtout l’importance d’un accompagnement structuré au cours du traitement, associant une activité physique adaptée avec un renforcement musculaire progressif, une surveillance nutritionnelle avec des apports protéiques suffisants (1,2 à 1,6 g/kg/jour), et une information éclairée du patient sur les signes d’alerte que constituent une douleur tendineuse brutale ou une sensation de craquement.

Conclusion

 

À l’heure où ces médicaments occupent une place croissante dans notre arsenal thérapeutique contre l’obésité, il appartient aux équipes pluridisciplinaires d’intégrer ces nouvelles données dans le dialogue avec leurs patients, afin que chaque décision thérapeutique soit prise en toute connaissance de cause. La prudence reste de mise en attendant la confirmation de ces résultats préliminaires par des études prospectives dédiées.

Référence de l’étude citée
Lawand J, Ahmed A, Harris A, Joshi A, Paranjpe A, Patel A, et al. GLP-1 receptor agonists and the risk of tendon rupture in obese patients: a propensity score-matched retrospective cohort study [abstract]. Présenté à : American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS) Annual Meeting; 2026 Mar 10–14; San Diego, CA.
En pratique pour les patients
À ce jour, les données disponibles ne justifient pas d’interrompre ou d’éviter un traitement par agoniste du GLP-1 en raison d’un risque tendineux. Les bénéfices de ces médicaments sur la perte de poids, le diabète et la santé cardiovasculaire restent largement supérieurs à ce signal encore préliminaire. En revanche, il paraît raisonnable d’adopter quelques mesures de prudence pendant le traitement, en particulier lors d’une perte de poids rapide. Une alimentation suffisamment riche en protéines, le maintien de la masse musculaire par une activité physique progressive et encadrée, ainsi qu’une reprise prudente du sport après une période de sédentarité constituent des éléments importants de prévention. En cas de douleur brutale d’un tendon, de sensation de craquement ou de perte soudaine de force, un avis médical doit être demandé rapidement. En pratique, il ne s’agit pas d’un motif d’inquiétude majeure, mais d’un point de vigilance supplémentaire dans une prise en charge globale et bien accompagnée.

Pr Antonio Iannelli, MD, PhD
Clinique du Parc Impérial, Nice – Université Côte d’Azur