L’article de 2009 publié dans Science par le Dr. Richard Weindruch et ses collègues de l’Université du Wisconsin-Madison présente les résultats d’une étude longitudinale de 20 ans sur les effets de la restriction calorique (RC) chez les macaques rhésus. Cette recherche visait à déterminer si la RC, déjà reconnue pour prolonger la durée de vie et retarder les maladies liées à l’âge chez diverses espèces, avait des effets similaires chez les primates non humains.

Principaux résultats de l’étude :

Survie accrue : Après 20 ans, 80 % des singes soumis à une RC étaient encore en vie, contre seulement 50 % dans le groupe témoin.

Réduction de l’incidence des maladies métaboliques et du cancer : Les singes sous RC ont montré une diminution significative de l’apparition de pathologies telles que le diabète, le cancer, les maladies cardiovasculaires et l’atrophie cérébrale.

Amélioration des marqueurs de santé : Les animaux en RC présentaient une meilleure sensibilité à l’insuline, une réduction de la masse grasse et une diminution du syndrome inflammatoire.

L’étude de Manuel Franco et al., publiée en 2013 dans le British Medical Journal, examine l’impact des changements économiques à Cuba sur la santé publique, en particulier la prévalence de l’obésité et l’incidence du diabète, sur une période de 30 ans (1980-2010).

Contexte : 

Au début des années 1990, Cuba a traversé une crise économique majeure, souvent appelée la “période spéciale”, principalement due à la dissolution de l’Union soviétique et à l’embargo économique des États-Unis. Cette crise a entraîné une réduction significative de l’apport calorique quotidien et une augmentation de l’activité physique, résultant en une perte de poids moyenne de 4 à 5 kg par personne dans la population adulte.

Principaux résultats :

Diminution de l’obésité : Pendant la période de crise, la prévalence du surpoids et de l’obésité a diminué, passant de 33,5 % en 1995 à des niveaux inférieurs. Cependant, avec la reprise économique post-1995, cette prévalence a augmenté pour atteindre 52,9 % en 2010.

Incidence du diabète : La perte de poids généralisée a été associée à une réduction significative de l’incidence et de la mortalité liées au diabète. Toutefois, avec la reprise économique et la reprise de poids, l’incidence du diabète a augmenté de 140 % et la mortalité liée au diabète de 49 % entre 2002 et 2010. 

Interprétation :

Cette étude illustre comment des changements rapides et involontaires dans l’apport calorique et l’activité physique, dus à des facteurs économiques, peuvent influencer de manière significative la santé publique. La réduction de l’apport calorique et l’augmentation de l’activité physique pendant la crise ont conduit à une baisse de l’obésité et des maladies associées, comme le diabète. Cependant, ces effets bénéfiques ont été inversés avec le retour à des conditions économiques plus favorables, soulignant l’importance de politiques de santé publique durables pour maintenir les avantages en matière de santé.

Conclusion : 

L’expérience cubaine démontre que des modifications à l’échelle de la population en matière de régime alimentaire et d’activité physique peuvent avoir des effets profonds sur la prévalence de l’obésité et l’incidence du diabète et des maladies cardiovasculaires. Toutefois, pour que ces effets soient durables, ils doivent être soutenus par des politiques de santé publique appropriées, plutôt que par des crises économiques involontaires.